Je me souviens exactement où j’étais assise. Sur le divan, avec mes deux enfants de chaque côté de moi, une couverture sur les genoux comme si on s’apprêtait à écouter un film. Sauf que ce soir-là, il n’y avait pas de film. Il y avait moi, qui essayais de trouver comment dire à mes enfants que maman avait une maladie qui ne partirait pas.
Si tu es en train de vivre ce moment-là toi aussi, ou si tu sais qu’il s’en vient et que ça te fait peur : je comprends. Vraiment. Et je veux te partager comment ça s’est passé chez nous, pas parce que c’est LA bonne façon de faire, mais parce que parfois, entendre l’histoire de quelqu’un d’autre aide à démêler la sienne.
Pourquoi j’ai décidé d’en parler
Ma première réaction, honnêtement, ça a été de vouloir protéger mes enfants en ne disant rien. Je me disais : ils sont trop jeunes, ça va juste les inquiéter, je vais gérer ça toute seule. Sauf que les enfants, ça ne se laisse pas berner aussi facilement qu’on le pense.
Le mien remarquait que je me couchais plus tôt. La mienne me demandait pourquoi je « marchais bizarre » certains jours. Ils sentaient qu’il se passait quelque chose, et dans le vide que je leur laissais, leur imagination remplissait les blancs — souvent avec des scénarios pires que la réalité.
Les enfants perçoivent les changements chez un parent bien avant qu’on pense qu’ils les remarquent : la fatigue, l’humeur, les journées différentes. Le silence ne les protège pas — il les laisse imaginer le pire tout seuls, dans leur tête.
C’est ça qui a fini par me convaincre. Pas une date précise sur un calendrier, mais le moment où j’ai réalisé que le silence me coûtait plus cher que la vérité.
Le moment où je leur ai dit
J’ai attendu d’être prête, pas parfaitement prête — ça, ça n’arrive jamais — mais assez solide pour ne pas m’effondrer devant eux. J’ai choisi un soir tranquille, sans rendez-vous le lendemain, sans stress ajouté. Mon chum était avec moi.
Je n’ai pas fait un grand discours préparé. J’ai gardé ça simple :
« Vous savez que maman est parfois très fatiguée, ou que mes jambes ne collaborent pas toujours ? C’est parce que j’ai une maladie qui s’appelle la sclérose en plaques, ou la SP. C’est une maladie qui reste pour toujours, mais elle ne va pas m’empêcher d’être votre maman. On ne peut pas l’attraper, ce n’est la faute de personne, et je vais continuer d’être là pour vous, même les jours plus difficiles. »

Mes enfants ont posé des questions bizarres, touchantes, parfois drôles. « Est-ce que ça fait mal ? » « Est-ce que je vais l’avoir moi aussi ? » « Est-ce qu’on peut encore aller au parc ensemble ? » Je n’avais pas toutes les réponses, et j’ai appris que ce n’était pas grave de dire « je ne sais pas, mais on va le découvrir ensemble. »
Adapter les mots à l’âge de chaque enfant
Un truc que j’aurais aimé savoir avant : on n’a pas besoin de dire la même chose de la même façon à tous ses enfants. Mon plus jeune avait surtout besoin d’être rassuré que rien de ce qu’il faisait ou pensait n’avait causé ma maladie. Mon plus vieux, un peu plus âgé, avait envie de comprendre un peu plus comment ça fonctionne dans mon corps.
- Les tout-petits ont surtout besoin d’entendre que ce n’est pas de leur faute, et que tu vas continuer d’être là pour eux.
- Les enfants d’âge scolaire n’ont pas besoin d’un cours de biologie. Une explication simple de comment ça affecte ton quotidien (la fatigue, certains jours plus difficiles) leur suffit amplement.
- Les ados peuvent gérer plus de détails sur la maladie elle-même, mais attention à ne pas les transformer en petits aidants naturels. Ils ont encore le droit d’être ados.

Une image qui a vraiment aidé mon plus jeune : lui expliquer ma fatigue comme un sac à dos rempli de roches. Certains jours le sac est léger, d’autres jours il est lourd et je dois me reposer pour enlever des roches. Ça lui a donné un mot pour ce qu’il voyait, sans qu’il ait à comprendre toute la médecine derrière.
Ce qui s’est passé après — et ce que je referais pareil
Je vais être honnête avec toi : ça n’a pas été un seul moment, réglé une fois pour toutes. C’est devenu une conversation qui revient. Quand j’ai changé de traitement. Quand j’ai eu besoin d’une canne pour la première fois. Chaque fois, j’ai repris le même réflexe : expliquer, rassurer, répondre aux questions, ajuster selon leur âge.
Mes enfants me posent encore des questions, parfois à des moments complètement inattendus — dans l’auto, en brossant leurs dents. Je garde la porte ouverte. C’est probablement le conseil le plus important que je peux te donner : ce n’est pas UNE conversation, c’est un dialogue qui continue.
Ce qu’il faut retenir
- Le silence ne protège pas tes enfants — il les laisse imaginer le pire tout seuls.
- Utilise des mots simples, adaptés à l’âge de chaque enfant, pas un discours universel.
- Répète toujours que ce n’est pas de leur faute et que ce n’est pas contagieux.
- Ce n’est pas une conversation unique : garde la porte ouverte pour les questions qui reviennent.
- Un enfant qui pose des questions difficiles n’est pas traumatisé — il essaie juste de comprendre.

Et si tu n’es pas encore prête ?
C’est correct aussi. Il n’y a pas de mauvais moment absolu, seulement le bon moment pour toi et ta famille. Ce qui compte, c’est que quand tu seras prête, tu ne sois pas seule à porter ça. Parle à ton chum, à une amie, à un professionnel si besoin. Se préparer avant d’en parler à tes enfants, ce n’est pas de la faiblesse — c’est du gros bon sens.
Questions fréquentes
Pas nécessairement. Même les tout-petits perçoivent les changements chez un parent. L’important, c’est d’adapter le vocabulaire à leur âge, pas de repousser la conversation indéfiniment.
La SP n’est pas héréditaire au sens strict, même si des facteurs génétiques et environnementaux peuvent légèrement augmenter le risque dans une famille. C’est une question fréquente chez les enfants et elle mérite une réponse honnête et rassurante.
Respecte son rythme. Certains enfants ont besoin de temps avant de poser des questions. Le simple fait de savoir que la porte est ouverte suffit souvent à les rassurer, même s’ils n’en parlent pas tout de suite.
Références
Sources consultées pour la rédaction de cet article
Organisations médicales et ressources
spcanada.ca/children-and-teens
Guide de la Société canadienne de la SP sur comment et quand parler du diagnostic aux enfants.
Ressources et outils concrets (livres, imagiers) pour aider les enfants à comprendre la maladie d’un parent.
Témoignages et accompagnement
Conseils d’un patient-expert de la LFSEP sur l’adaptation du message selon l’âge des enfants.