T’es debout devant le comptoir des viandes, panier à moitié plein, et là ça te frappe : t’as complètement oublié ce que tu venais chercher au fond du magasin. T’sais, ce moment où ton cerveau fait juste… buffer, comme une vidéo YouTube avec une mauvaise connexion.
Tu regardes ton panier, tu regardes le comptoir, et tu te demandes si t’es venu chercher du jambon ou si t’étais juste censé passer prendre du fromage pour vendredi. Frustrant. Épuisant. Et surtout : tu commences à te demander si c’est juste toi qui es « dans la lune », ou si c’est une autre affaire.
Je vais être direct avec toi : c’est pas dans ta tête (enfin, techniquement oui, mais pas de la manière que tu penses).
Non, t’es pas juste « distrait »
On a tendance à minimiser ça. « Ah, je vieillis » ou « j’ai juste trop de choses à penser ». Mais quand t’as la SP, ce qu’on appelle le brouillard cognitif (le fameux brain fog, comme disent les Américains) est un symptôme reconnu, documenté, et super fréquent. On parle d’environ la moitié des personnes atteintes de SP qui vivent une forme ou une autre de trouble cognitif — mémoire, attention, vitesse de traitement de l’information — et certaines études parlent même de proportions encore plus élevées selon les groupes étudiés.
Ça touche surtout la vitesse à laquelle ton cerveau traite l’information, ce qui se traduit souvent par un peu plus de lenteur à comprendre, raisonner ou s’exprimer. Résultat : t’es debout dans l’allée des conserves, et ton cerveau prend juste plus de temps que d’habitude à retrouver l’info « pourquoi je suis ici déjà ».
Si tu remarques que ces oublis deviennent fréquents ou qu’ils affectent vraiment ton quotidien, ça vaut la peine d’en parler à ton neurologue. Ce n’est pas une fatalité à endurer en silence — il existe des pistes d’évaluation et d’accompagnement pour ça.

Mais voilà le truc : c’est pas une question de volonté
Tu peux pas « juste te forcer à te concentrer plus fort ». C’est pas un manque d’effort. La recherche montre que les personnes atteintes de SP ont souvent de la difficulté avec la mémoire de travail — cette espèce de bloc-notes mental qu’on utilise pour garder plusieurs informations actives en même temps, genre « je dois acheter du lait, ET me rappeler que je suis censé passer à la pharmacie, ET ne pas oublier le rabais sur les pommes. »
Sauf que quand ce bloc-notes mental a de la difficulté à retenir l’info, chaque nouvelle chose qui capte ton attention (un enfant qui pleure, une annonce dans les haut-parleurs, un ami qui te jase) peut faire disparaître ce que tu venais chercher.
Et non, c’est pas relié à l’intelligence, à l’âge, ou à ta valeur en tant que personne. C’est de la mécanique cérébrale. Point final.
Ce qui fonctionne vraiment (et c’est pas compliqué)
Ok, respirons un coup. La bonne nouvelle, c’est que ce genre de défi se contourne très bien avec des stratégies compensatoires — en gros, des méthodes pour ne plus dépendre de ta mémoire à court terme pendant que t’es en plein magasinage. Et devine quoi : les spécialistes eux-mêmes donnent l’exemple d’une liste d’épicerie bien faite comme stratégie numéro un pour composer avec ce genre de défi.
1. Écris TOUT, même ce qui te semble évident
Ton cerveau n’a pas besoin de retenir l’info si elle est déjà sur papier (ou dans ton téléphone). C’est ça, l’idée derrière les stratégies compensatoires : adopter de nouvelles façons d’exécuter des tâches devenues plus difficiles, plutôt que de se battre contre le symptôme. Tu délègues le travail de mémorisation à un objet externe — liste papier, note dans le cellulaire, appli — pour libérer ton énergie mentale pour autre chose.
2. Organise ta liste selon le plan du magasin
C’est ici que ça change tout. Au lieu d’une liste dans le désordre où tu dois te souvenir « ah oui, faut que je retourne dans l’allée 3 », organise ta liste par section : fruits et légumes, boucherie, produits laitiers, épicerie sèche, surgelés. Si tu magasines toujours au même IGA, Maxi ou Super C, tu peux même reproduire l’ordre exact des allées. Ton cerveau n’a plus à faire de plan de match en temps réel — t’as juste à suivre le trajet.

3. Fais tes courses aux heures où t’es le moins fatigué
La fatigue et le brouillard cognitif sont de bons amis — malheureusement pas pour toi. Si tu sais que ton énergie mentale est meilleure le matin, planifie tes courses là. Le vendredi soir après une grosse semaine, avec les haut-parleurs, les foules et les néons, c’est le pire moment pour demander à ton cerveau de performer.
4. Réduis les distractions pendant que tu magasines
Écouteurs pour couper la musique du magasin, textos qui attendent, conversations qui peuvent être remises à plus tard. Moins ton attention se fait tirer dans 15 directions, plus il te reste de « bande passante » pour ta tâche principale : trouver le maudit fromage.
5. Fais-toi une routine, pas juste une liste
Une routine réduit la charge cognitive parce que ton cerveau n’a plus besoin de décider ni de se souvenir de chaque étape — il suit juste le pattern. Même épicerie, même jour, même trajet dans les allées, même appli pour la liste. Moins de décisions à prendre = moins d’énergie mentale dépensée = moins de chances de perdre le fil.
Et si t’oublies pareil?
Ça va arriver. Tu vas revenir à la maison sans le lait, ou avec deux boîtes de la même chose parce que t’avais oublié que t’en avais déjà pris une. C’est correct. Le but ici c’est pas la perfection — c’est de réduire la fréquence et le stress, pas de l’éliminer à 100 %.
Si t’as essayé plein de trucs pour « juste te forcer à te souvenir » et que ça a jamais marché, t’as pas échoué. Les méthodes étaient nulles pour ta réalité. Une liste bien organisée et une routine simple, ça, ça marche parce que ça travaille AVEC ton cerveau, pas contre lui.
Le brouillard cognitif, c’est un morceau plus large de ce qui se passe avec la fatigue et les fonctions cognitives en SP — on va décortiquer ça en profondeur dans un [article dédié au brouillard cognitif en SP](/brouillard-cerebral-sp). Et si la fatigue est justement ton plus gros défi pour garder l’énergie mentale nécessaire à ce genre de stratégie, j’ai aussi un [article sur la gestion de l’énergie en SP](/gerer-fatigue-energie-sp) qui s’en vient.
Ta mission cette semaine
Pas besoin de tout révolutionner d’un coup. Choisis UNE affaire : soit tu commences à écrire ta liste par section du magasin, soit tu déplaces tes courses à un moment de la journée où t’as plus d’énergie. Une seule chose. C’est tout. Sérieux.
Et la prochaine fois que tu te retrouves devant le comptoir des viandes en train de te demander pourquoi t’es là — souris, sors ton téléphone, regarde ta liste, et continue ton chemin. C’est pas un échec. C’est juste ton cerveau qui a besoin d’un petit coup de pouce, comme n’importe qui d’autre aurait besoin de lunettes pour mieux voir.
Références
Les informations de cet article s’appuient sur des sources fiables et vérifiées sur la sclérose en plaques et la cognition.
Organisations spécialisées en SP
spcanada.ca/cognition-et-sp
Explique les stratégies compensatoires, dont l’exemple précis de la liste d’épicerie, pour gérer les troubles cognitifs liés à la SP.
aqnp.ca
Fiche d’information sur la prévalence et la nature des troubles cognitifs associés à la SP.
Ressources grand public
ressourcessante.salutbonjour.ca
Vulgarisation accessible des impacts cognitifs de la SP sur le traitement de l’information et la prise de décision au quotidien.