SP : des signes des années avant le diagnostic?

Salut.

Si t’as lu mon article sur les premiers symptômes de la SP, t’as peut-être remarqué une phrase qui a piqué ta curiosité (ou qui t’a stressé solide) : il existerait des signes de la SP des années avant le diagnostic. Pas la fatigue ou les engourdissements dont je parlais dans l’autre article — quelque chose de plus discret, de plus loin en arrière.

Je vais être direct avec toi : c’est un domaine de recherche qui bouge vite, et c’est facile de mal comprendre ce que ça veut dire. Alors on va démêler ça ensemble — c’est quoi cette fameuse « phase prodromique », ce que la science sait vraiment, et surtout, ce qu’elle sait pas encore.

Homme adulte prenant des notes dans un carnet à la maison, dans une ambiance calme et quotidienne.

C’est quoi, une phase prodromique?

Un « prodrome », en médecine, c’est un ensemble de signes non spécifiques qui apparaissent avant les symptômes classiques d’une maladie. C’est pas nouveau comme concept — on connaît ça pour la maladie de Parkinson et l’Alzheimer, par exemple.

Pour la SP, les chercheurs pensent que le processus inflammatoire pourrait s’enclencher des années avant qu’un premier épisode « typique » (comme les engourdissements ou les troubles de vision) se pointe. Pendant cette période, ton corps pourrait déjà t’envoyer des signaux — mais tellement génériques que ni toi ni ton médecin auriez de raison de les relier à la SP.

Ça reste un concept encore récent. La chercheuse Helen Tremlett (Université de la Colombie-Britannique) et son équipe font partie des pionniers dans ce domaine, avec des travaux financés par SP Canada et la National MS Society.

Les signes qui reviennent dans les études

Voici où ça devient intéressant. Une étude publiée dans Neurology par l’équipe de la Pre Céline Louapre (Institut du Cerveau, Paris) a comparé les dossiers de santé de plus de 20 000 personnes ayant reçu un diagnostic de SP à ceux de plus de 90 000 personnes sans SP ou avec une autre maladie auto-immune.

Cinq signes ressortaient de façon significative dans les cinq années précédant le diagnostic de SP :

  • La dépression
  • Les troubles sexuels
  • La constipation
  • Les infections urinaires (cystites et autres)
  • Les troubles de l’humeur en général

De son côté, l’équipe de Mme Tremlett a documenté un tableau similaire chez plus de 7 800 personnes en Colombie-Britannique : taux plus élevés de consultations pour des troubles de santé mentale (dépression, anxiété, trouble bipolaire) et des problèmes digestifs (constipation, reflux, syndrome du côlon irritable) — en plus d’un usage accru des services de santé en général : plus de visites, plus d’hospitalisations, plus de prescriptions.

Homme adulte assis calmement dans une salle d'attente médicale moderne avant un rendez-vous.

Ces signes ne sont PAS un outil de diagnostic. Ils sont extrêmement fréquents chez les gens en parfaite santé, et les mêmes signes apparaissent aussi dans la phase prodromique du lupus et de la maladie de Crohn. Seule une infime fraction des personnes qui vivent de la dépression ou des problèmes digestifs développeront un jour la SP. La Pre Louapre le dit elle-même : à eux seuls, ces signes ne suffisent pas à poser un diagnostic précoce.

« Ok Chris, mais est-ce que j’aurais pu savoir avant? »

Je sais exactement où ton cerveau s’en va avec cette info. T’es en train de repenser à ta vie d’il y a 5, 8, 10 ans. Cette période où t’étais déprimé sans trop savoir pourquoi. Ces problèmes digestifs random. Et là, une petite voix te dit : « J’aurais dû savoir. J’aurais dû insister. »

Laisse-moi te dire quelque chose : non.

La dépression touche environ 1 personne sur 8 au cours de sa vie. Les problèmes digestifs, la moitié de la population en a eu à un moment donné. Si un médecin se mettait à référer en neurologie tout le monde qui a déjà eu la constipation ET une baisse de moral, le système de santé au grand complet s’effondrerait en une semaine.

Ces signes sont visibles seulement à l’échelle d’une population, en comparant des dizaines de milliers de dossiers avec des outils statistiques. Individuellement, ils sont invisibles. Aucun médecin, aussi bon soit-il, n’aurait pu relier tes points à l’époque — parce que la science elle-même ne les avait pas encore reliés.

T’as pas manqué un signal d’alarme. Le signal existait, mais il fallait la recherche moderne pour même le repérer.

Pourquoi les chercheurs s’acharnent là-dessus

Bonne question. Si ça permet pas encore de diagnostiquer plus tôt, à quoi ça sert?

Ici, la SP Canada, en collaboration avec des chercheurs de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et de la Suède, mène présentement un projet sur une cohorte de plus de 250 000 personnes pour tenter de mieux cerner qui, parmi les gens qui ont ces signes précoces, présente vraiment un risque plus élevé.

L’objectif à long terme : comprendre la phase prodromique assez bien pour, un jour, intervenir plus tôt — surtout chez les personnes qui ont déjà un facteur de risque connu (un parent avec la SP, par exemple). On parle ici de retarder l’apparition de la maladie, voire de la prévenir chez certaines personnes à haut risque.

Chercheur en sarrau consultant des graphiques et données statistiques sur un écran d'ordinateur dans un laboratoire lumineux.

On est encore loin d’un test sanguin ou d’un questionnaire qui te dirait « tu vas développer la SP dans 5 ans ». Mais chaque étude comme celle-ci rapproche un peu plus les chercheurs de cet objectif.

Ce que ça change pour toi, concrètement

Je te dois toujours au moins une action concrète, alors la voilà :

Si t’as un diagnostic de SP et que tu repenses à ton passé : arrête de fouiller pour trouver « le vrai début ». Ça sert à rien, et ça ajoute juste de la culpabilité inutile à une situation déjà pas facile.

Si t’as un parent proche (parent, frère, sœur) avec la SP : mentionne-le à ton médecin de famille, surtout si tu développes des symptômes qui persistent. C’est pas une raison de paniquer, mais c’est une info pertinente à avoir dans ton dossier.

Si t’es ici parce que tu googles à 2h du matin : relis mon article sur les premiers symptômes de la SP. C’est ÇA qui compte pour savoir si tu dois consulter — pas une liste de signes qu’on peut seulement voir à l’échelle de dizaines de milliers de dossiers.

Ce qu’il faut retenir

  1. La « phase prodromique » de la SP, c’est un concept de recherche encore récent — pas un outil pour te diagnostiquer toi-même.
  2. Les signes identifiés (troubles de l’humeur, problèmes digestifs, etc.) sont extrêmement communs et non spécifiques à la SP.
  3. Tu ne pouvais pas « savoir avant » — ces liens sont visibles seulement à l’échelle statistique de milliers de dossiers, jamais individuellement.
  4. La recherche vise éventuellement une détection ou une prévention plus précoce, mais on n’y est pas encore.
  5. Si t’as un proche avec la SP, mentionne-le à ton médecin — ça reste la meilleure action concrète à ta portée aujourd’hui.

Questions fréquentes

Est-ce qu’il existe un test pour savoir si je suis en phase prodromique?

Non, pas à l’heure actuelle. C’est un concept de recherche utilisé pour étudier des populations, pas un outil de dépistage individuel disponible en clinique.

Si j’ai de la dépression et des problèmes digestifs, je devrais m’inquiéter pour la SP?

Dans l’immense majorité des cas, non. Ces deux problèmes sont extrêmement fréquents dans la population générale et ont mille autres causes plus probables que la SP.

Ça veut dire que la SP est plus fréquente qu’on pensait?

Non — ça veut dire que le processus biologique derrière la SP commence probablement plus tôt que les premiers symptômes visibles, pas que plus de gens en sont atteints.

Le mot de la fin

Écoute, je sais que « phase prodromique » ça sonne comme un terme qui devrait te faire peur. Mais dans les faits, cette recherche-là, c’est une bonne nouvelle à long terme — elle rapproche les scientifiques d’une détection plus précoce, potentiellement même d’une prévention chez les personnes à risque.

Pour toi, aujourd’hui, ça change rien à comment tu vis ta vie. C’est de la science qui construit les outils de demain, pas un miroir dans lequel fouiller ton passé pour chercher des indices que t’aurais manqués.

Ta mission cette semaine

Fais UNE chose : si t’as un parent proche avec la SP, note-le clairement dans ton dossier médical (ou mentionne-le à ton médecin de famille au prochain rendez-vous). C’est tout. C’est l’action la plus utile que tu peux poser avec cette info-là.

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Questions? Inquiétudes?

Je suis pas neurologue, mais je peux t’orienter vers les bonnes ressources. Contacte SP Canada : 1 844 859-6789 ou spcanada.ca

Références et sources

Tout ce que je t’ai expliqué dans cet article vient de sources reconnues. Voici d’où ça vient — aucune de ces ressources ne remplace une consultation avec un vrai neurologue.

🏥 Organisations médicales et de recherche

SP Canada — Phase prodromique et troubles de santé mentale/digestifs

spcanada.ca/recherche-sur-la-sp/nouvelles-sur-la-recherche/mentaux-prodromique-sp

Résumé de l’étude de l’équipe de Helen Tremlett sur les troubles de santé mentale et gastro-intestinaux dans la phase prodromique de la SP.

SP Canada — Étude sur les signes précurseurs de la SP

spcanada.ca — communiqué sur l’étude canadienne

Annonce du partenariat entre SP Canada et la National MS Society pour financer la recherche sur les prodromes de la SP au sein d’une cohorte de plus de 250 000 personnes.

Institut du Cerveau — Cinq signes avant-coureurs de la SP

institutducerveau.org

Présentation de l’étude de la Pre Céline Louapre publiée dans Neurology, sur les cinq symptômes associés à un diagnostic ultérieur de SP.

🔬 Études scientifiques et journalistiques

Neurology — Guinebretière et al., 2023

pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37748884

« Psychiatric Comorbidity During the Prodromal Period in Patients With Multiple Sclerosis » — étude sur les troubles de santé mentale précédant le diagnostic de SP.

Radio-Canada — Recherche canadienne sur les signes avant-coureurs

ici.radio-canada.ca

Couverture journalistique du projet de recherche canadien sur la phase prodromique de la SP.

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